Retour sur l’allée Eugène Delacroix. Encore un coin de ville, issu de la Reconstruction, qu’on s’efforce d’anéantir. Mystère des temps actuels : pourquoi s’acharner à masquer le Rouen des années Soixante ? L’allée en question en est un vivant exemple. Trop d’espace, trop de clarté, trop de simplicité. Il faut faire compliqué, surchargé, illisible. Les gens : c’est […]
CDXII.
Puisqu’une série s’achève et qu’une autre commence, trouvons une transition. M’est revenu à la mémoire le souvenir d’une vieille clocharde qu’on a longtemps vue chaque soir au même endroit. Image connue que celle des solitudes farouches et réfractaires. A moins que ce ne soit qu’une paresse habillée de fierté ? Mais que sait-on, chez les clochards, […]
CDXI.
Y revenir encore ? Ce qui lasse dans la presse locale, c’est ce calibrage perpétuel. Ce ton convenu, ces articles formatés, ce langage stéréotypé. L’impression qui domine : nous sommes en région, faisons dans ce genre là. Donnons à tout va dans la communication telle que l’entendent élus ou décideurs. En étant à distance, nous serons objectifs. […]
CDX.
Retour sur la disparition programmée de notre cher quotidien. A la réflexion, qu’avons-nous besoin d’un journal chaque jour ? Ce qui m’intéresse, au monde et à Rouen, pour l’essentiel, je l’apprends au matin dans la salle de bains. La Seine s’arrêterait-elle de couler que le bulletin (ça ne se dit plus) de France Inter m’en aura […]
CDIX.
Ainsi, nouvelles dernières, notre antique Fanal de Rouen va être prolongé de quelques mois. Tant mieux. Nous saurons donc si la ligne 7 passera sur la gauche ou sur la droite. Et aussi, mais c’est accessoire, si nous reverrons jamais le cirque Rancy sur le Boulingrin. Après, que voulez-vous, il faudra bien nous séparer. Dame, […]
CDVIII.
Dimanche de Clos Saint-Marc. Guère de monde, marchands et chalands. Du touriste, un peu. Côté brocante, ça n’est pas mieux. Au vrai, tout le monde semble s’ennuyer. On parle du temps qu’il fait. Plutôt qu’il ne fait pas. Les vendeurs de presse politique ont désertés. Passé les élections, il n’y a plus d’urgence à faire […]
CDVII.
Lors de ma déambulation quotidienne (mon médecin m’y encourage : il faut marcher monsieur Phellion) je longe la rue Saint-Lô. Au croisement avec le lycée, j’aperçois une banderole, des pancartes, un groupe avec porte-voix. De loin on perçoit ardeur et détermination. Bientôt une jeune femme m’arrête. Il s’agit de signer une pétition pour sauver l’Antarctique (ou […]
CDVI.
Je ne me console pas de ce qu’est devenu cette partie de ville allant du Palais de Justice au Musée de Peinture : l’allée Eugène-Boudin, l’Espace du Palais, l’allée Eugène Delacroix… Années après années, on s’ingénie à vouloir en faire quelque chose. Il faut les meubler, les décorer, les rendre utiles. Il faut surtout que ces […]
CDV.
Plus elle avance, plus l’histoire locale veut être racontée. Nous en sommes à évoquer les années Soixante-dix, voire Quatre-vingt. A ce moment, accoudé au comptoir, le vieil adage est d’actualité : Comme le temps passe… Oui, avec les points de suspension et le ton qui convient. Hélas, pas celui de l’exactitude. Le plus navrant, c’est qu’à […]
CDIV.
Encore quelqu’un dont il faudrait se souvenir lorsqu’il en est encore temps. Jean Davis, courtier indépendant, touche à tout, brave type entre tous. Mais aussi requin patenté, l’homme des bonnes affaires, des combines à trois francs six sous. L’homme au sourire aurifié. Jamais là et toujours là. Qui connaissait tout, tous et toutes, mais n’en […]
CDIII.
Qui se souvient, rue du Gros-Horloge, partie tenant à la cathédrale, d’un salon de thé tout en longueur ? Sur la gauche après les Fabriques Directes (désormais Etam). Sa renommée tenait à ses sandwichs confectionnés (quel mot !) dans des petits pains pain au lait. Le midi, entouré de secrétaires ou vendeuses, on y déjeunait dans le […]
CDII.
La rue du Gros-Horloge conserve ses mystères. Une preuve ? L’autre soir, je vais chez Monoprix pour le ravitaillement. Au débouché de la rue du Bec, un couple de touristes australiens m’aborde. Pardon monsieur, vous avez l’air si gentil, pourriez-vous nous indiquer où se trouve la quincaillerie Delabarre et Godard. Stupéfaction : d’abord je comprends l’australique, ensuite […]
CDI.
Vite, avant de tout disparaisse, il faut se souvenir de ce qui suit. Il existait, à l’angle de la rue Thiers et de la rue Jeanne d’Arc, côté square Verdrel, une agence de voyages. Cette agence était celle des voyages promus (et organisés) par notre cher Paris-Normandie, alors quotidien réputé. On me dit que l’agence […]
CD.
Jadis, les adjoints municipaux chargés de la Culture l’étaient au seul profit des Beaux-arts. Tous descendants des personnages de Gustave Flaubert, lequel d’entre nous (mutati mutandis) se serait donné la peine d’en penser quoi ce soit ? Ni en bien, ni en mal. Vrai, personne ne faisait attention à eux. Les monuments, les musées, certes, mais […]
CCCXCIX.
Temps bénis que ceux où les pâtisseries avaient pour enseignes Au Péché gourmand, Au Doux péché et où les confiseries y allaient d’un Au parrain généreux. Comme concluait Carabine : On avait de la religion dans ce temps là ! Oui, et plus pour le meilleur que pour le pire. A présent, n’est-ce pas, c’est Laïcité Valeur […]
CCCXCVIII.
L’autre jour, à la radio (France-Culture) émission sur Béatrix Beck ; dans le journal, article sur Léonard Bordes ; dans l’actualité, mort de Georges Mathieu. Qu’ont-ils tous à se rapprocher, à me poursuivre ? Ces trois là, connus et aimés (un peu) pourquoi à quelques jours près se mobilisent-ils ? Viendraient-ils me tirer les pieds ? Ils s’ennuient ? Qu’ils patientent. […]
CCCXCVII.
Ouvrant ma radio, j’apprends la mort de Georges Mathieu. 91 ans ! Le temps devait lui sembler long. Il fut le peintre d’une grande partie de ma vie. Pendant près de cinquante ans, je n’ai pu que constater son quasi total oubli. Certes, sa renommée devait beaucoup à André Malraux, lequel le voua à la culture […]
CCCXCVI.
Insomnies à répétition. Compter les moutons n’a qu’un temps. Imaginez le futur aussi. Force est de se rabattre sur le passé. Que vais-je écrire demain où je dois mettre en ligne une énième chronique ? Le réveil lumineux à gros chiffres ne fait pas de détails. Il avance. Lui aussi, seul. Pour faire diversion, allumons la […]
CCCXCV.
Dans une récente chronique j’ai dit trois mots sur Ernest Anne, ancien conseiller municipal. Tout dans l’inactuel, le bonhomme ayant passé les quatre-vingt-dix ans d’une vie laborieuse. Outre de l’avoir affublé d’un mot dont j’ai méconnu le sens (ça m’apprendra) je me suis efforcé d’être gentil. Plutôt : je me suis efforcé de ne pas être […]
CCCXCIV.
La campagne locale pour les élections législatives vous passionne-t-elle ? Pas tant que ça, n’est-ce pas ? D’ici, je le vois à votre tête. Pour ce qui concerne notre première circonscription, quatorze candidats ! Autant dire que Fantômette ne risque pas d’être battue (elle risque même de gagner). Dès lors, amusez-vous à compter les bulletins des treize autres. […]
CCCXCIII.
La face Est du Palais de Justice, côté tenant à l’allée Eugène-Boudin, a été restaurée. Du même élan, ladite allée a été remise à neuf. Le tout ayant été fait avec modestie, l’habituel public sceptique attendait la suite avec sérénité. Une fois encore, les mauvais esprits le restent, ils ont gagné. Voici pourquoi. L’autre jour, […]
CCCXCII.
Les plus vieux Rouennais d’entre nous ont-ils noté la disparition, à l’âge de 93 ans, d’Ernest Anne ? L’homme fut grand pratiquant, humble contempteur des Reines de Rouen et paisible habitant du Mont-Gargan. Ajoutons qu’il fut aussi (avant tout ?) conseiller municipal dans des temps forts anciens. Pour tout dire lorsque Jean Lecanuet occupait autant de postes […]
CCCXCI.
Ces chroniques sont écrites selon l’humeur. Celle du présent que j’essaie de confronter, autant que faire, au passé. Celui disparu et dont je tente de me souvenir. Pas toujours sans faille, mais sans nostalgie ni ressentiment. Enfin, là aussi, autant que faire. Nombre de devanciers s’y sont essayés (avec un talent infini). Rien de neuf. […]
CCCXC.
A Rouen les sujets de rigolade ne manquent pas. Dernier en date, la construction d’une résidence pour étudiants accolée à une maison de retraite, le tout pile face notre vieille Bonne Nouvelle (pour les horsains, la prison). Reconnaissons la fine ironie des promoteurs : sans quitter le quartier, on pourra passer notre vie à fréquenter l’une […]
CCCLXXXIX.
A propos d’une énième inauguration locale, un vigilant lecteur a voulu croire que je recyclais mes archives. Admettons un peu de pose de sa part. N’empêche, ce commentaire m’a vexé : vanité d’auteur. Qu’il y ait dans ces chroniques un ton recuit, j’en suis le premier navré. N’est-ce pas l’air du temps ? Jugez-en : me voici contraint […]
CCCLXXXVIII.
A peine sommes-nous sortis des élections présidentielles, qu’il faut plonger dans les législatives. Rouen Chronicle, journal romain, doit-il y sacrifier du temps et de la place ? En dehors du fait que le républicain président socialiste soit natif d’icelui, il y avait peu de raisons de s’attacher, ces dernières semaines, à autre chose qu’à décrire les […]
CCCLXXXVII.
Dimanche, le fils du docteur Hollande est devenu président de la République. Beau parcours. Qui se souvient de lui, en culottes courtes, achetant de la pâte de réglisse chez Héloin ? Peu sans doute. Et surtout personne du quartier. A quand la plaque sur le 84 de la rue des Carmes ? Avec notre manie mémorielle, elle […]
CCCLXXXVI.
Ce jeudi 26 avril, Molineux me traine à l’inauguration, réelle ou supposée, du Musée de la Céramique. La fête, pluvieuse, se déroule dans l’actuel Hôtel d’Hocqueville, appelé dans mon jeune temps Hôtel de Bellegarde. Presque moins de monde que de parapluies. L’assistance guigne les personnalités, l’ouverture des portes, et le camion du traiteur Cirette. Pourquoi […]
CCCLXXXV.
Le croire ou pas, le dimanche de l’élection, au premier tour, dans l’isoloir, ma main n’a pas tremblé. Comme on dit : j’étais sûr de mon coup. Au soir, devant les résultats je ne me suis étonné de pas grand-chose, sinon de ce que chacun d’entre nous constate. Et déplore ou regrette, selon. La politique et […]
CCCLXXXIV.
Radios, télévision, presse écrite, on ne s’exprime plus que sur un ton bêtifiant. Si le sujet est léger, tout est petit, mignon, sympa. Si le sujet est grave tout y est tragique, douloureux, traumatisant. Voici désormais installé le règne du gnangnan. Au vrai, ce qui nous échappe, et pour tous : le sens de la mesure. […]